Etablissement artistique et culturel indépendant dédié à la création contemporaine, le TNT a ouvert ses portes en 1997. Durant ces dix ans, il a évolué, bougé, son projet s'est transformé sans rien renier de ses valeurs originelles. Il tient aujourd'hui à affirmer et à développer la singularité de son positionnement. Cette singularité s'est appuyée sur le choix des artistes, comme sur les modalités de mise en œuvre de leurs projets, sur les relations avec le public comme sur l'économie des projets. Il se place en complémentarité avec les autres établissements implantés sur le territoire et cherche à garantir par l'originalité de son positionnement, un éventail élargi de propositions, une offre conséquente dans une agglomération de plus de sept cent mille habitants. La reconnaissance aujourd'hui nationale du TNT s'est construit sur cette orientation.
La recherche et l'expérimentation, le croisement des disciplines, l'ouverture à des formes nouvelles et originales a été et reste l'une des préoccupations majeures du TNT. Nous assistons ici à un renouvellement des enjeux et pratiques esthétiques : remise en question des codes et des formes traditionnelles, esthétiques relationnelles, langages entremêlés, réinvention systématique des représentations, détournement des espaces, etc., il faut accompagner, comme nous l'avons toujours fait, ce renouvellement.
Mais il nous faut aussi prendre en compte les problématiques professionnelles actuelles, à savoir les difficultés croissantes que les artistes connaissent pour diffuser leur travail. La programmation du TNT s'orientera donc clairement vers la présentation d'œuvres nouvelles, d'esthétiques inédites, de spectacles singuliers, qui ne sont pas présentes ailleurs à Bordeaux. Ces œuvres pourront être créées au TNT, mais aussi avoir été créées préalablement. Nous nous attacherons néanmoins à accueillir des artistes qui souhaiteront adapter et réinterroger leur travail dans le contexte de l'espace de la Manufacture de chaussures.
Nous pouvons aussi citer comme illustration de cette orientation le collectif zurichois Gaststube, que nous avons invité en mai 2007, avec le spectacle Sept et demi – Recherches sur l'incomplet . À partir de matériaux divers, textes, images ou actions, ces artistes réinventent à chaque fois leurs présences dans les lieux qui les accueillent, en fonction de l'environnement, de l'histoire singulière de chaque ville ou quartier, de contraintes et ressources variées. Une présence préalable aux présentations publiques est nécessaire à cette réécriture, et le résultat est par définition différent selon chaque contexte. L'utilisation des espaces, les circulations, le déroulement de la représentation, et même sa durée, varient profondément. Nous sommes donc bien dans de la diffusion artistique, d'un spectacle existant et ayant déjà été présenté, mais qui s'adapte et se transforme à chaque présentation.
L'accueil de Gaststube, ainsi que, durant la saison 2007/2008, celui du collectif C&H, originaire de Berlin, Bruxelle et Genève, est aussi le signe d'une autre évolution, celle de la dimension internationale du TNT. Nous avons reçu quasiment à chaque saison des artistes européens (Allemagne, Italie, Espagne, Grande Bretagne, Suisse, etc.), et cette ouverture est présente dans notre projet depuis ses débuts. Mais nous franchissons ici une nouvelle étape, celle d'une réelle collaboration, sur la durée, avec des équipes ou structures étrangères, pour affirmer, sur le plan des valeurs, la nécessité de construire une Europe culturelle, de favoriser la circulation des personnes et des projets dans l'espace continental, et sur un plan plus concret, de nous trouver en phase avec le formidable foisonnement artistique de nos voisins, et présenter aux populations bordelaises des œuvres et des travaux à la fois puissants, singuliers, originaux et ancrés dans les réalités contemporaines.
Le programme actuel des nRV , mis en place en 2005, correspond à ces exigences. Il privilégie des rendez-vous singuliers avec des artistes contemporains atypiques, venus d'horizons disciplinaires et géographiques divers, notamment sous forme de performances dans l'espace urbain. Chacun de ces rendez-vous est contextualisé en fonction de différents paramètres esthétiques, de contraintes organisationnelles, et d'enjeux que nous avons nous-mêmes posés, comme celui, indispensable, de la convivialité. Les temps publics ainsi produits sont inédits et souvent surprenants, et la relation art/ville activée par le surgissement d'un événement sensible.
Ainsi, le TNT, tout en continuant à être un creuset ouvert aux différentes expressions artistiques, et à leur renouvellement, indépendamment des catégories disciplinaires, retrouve une pertinence et une visibilité qu'il risquait de perdre. Il sera toujours un lieu repéré nationalement, et nous l'espérons plus largement, pour la qualité et la singularité de sa programmation, témoin des évolutions artistiques de notre temps.
Dans le même temps, et ceci n'excluant pas cela, il nous semble fondamental de nous interroger sur notre relation à notre environnement. Il n'est pas contradictoire d'associer la dimension de recherche et d'expérimentation artistique, qui reste notre priorité, à un nécessaire travail d'implantation et de relation locale. De la rencontre entre des habitants et des artistes naîtront et se développeront des projets qui, ensuite, pourront être présentés à la Manufacture de chaussures ou dans un autre contexte.
Sur ces bases, une action autour du voisinage sera engagée dans notre quartier dès 2008 : nous passerons commande à un ou plusieurs artistes d'actions qui s'appuieront sur leur pratique mais aussi sur les spécificités et les caractéristiques de notre environnement. Accueillis en résidence sur plusieurs périodes de l'année, ils construiront des relations avec ceux qui, population, associations, établissements scolaires ou tout autre groupe, s'engageront collectivement dans la production de moments publics, de rencontres, de présentations.